Cette année, le musée Jacquemart-André a consacré une exposition à l'artiste italienne Artemisia Gentileschi (1593-1653). Une quarantaine d'oeuvres étaient exposées afin de nous dévoiler le talent de cette artiste de l'art baroque et du mouvement caravagesque. Une des rares femmes peintres qui a su s'imposer dans cet art presque réservé aux hommes. Je vous fais le résumé illustré de presque toutes les oeuvres de l'exposition.
Simon Vouet (1590-1649), Portrait d'Artemisia Gentileschi (vers 1622-1626), huile sur toile. Pise, Fondazione Pisa, Palazzo Blu.
Artemisia Gentileschi s'est imposée dans l'histoire de l'art par sa carrière exceptionnelle. Elle fait de son art un moyen d'affirmer son existence. Son histoire, marquée par une grande combativité et l'audace de ses compositions, la font voir aujourd'hui, comme une véritable héroïne de l'art. Né en 1593 à Rome, elle connaît une renommée internationale auprès des cours européennes. Comme son père Orazio (1563-1639), elle reçoit des commandes de puissants mécènes comme Cosme II de Médicis, le duc de Bavière ou Philippe IV d'Espagne. Artemisia est séparée de son père jusqu'en 1638, car il est nommé peintre du roi Charles Ier d'Angleterre.
Orazio Gentileschi, La Félicité publique triomphant des dangers (1625-1626), huile sur toile. Paris, musée du Louvre.
Orazio Gentileschi, Loth et ses filles (1628), huile sur toile. Bilbao, Museo de Bellas Artes de Bilbao.
Artemisia Gentileschi, Esther et Assuérus (vers 1628), huile sur toile. New York, The Metropolitan Museum of Art.
Artemisia Gentileschi, Ulysse reconnaissant Achille parmi les filles de Lycomède (vers 1640), huile sur toile. Collection particulière.
Artemisia se forme dans l'atelier de son père, Orazio, peintre d'histoire renommé. Elle commence par copier les oeuvres de son père comme les autres apprentis et bénéficie de ses corrections. Orazio s'aperçoit vite du talent de sa fille, mais elle reste confinée dans le foyer, privée de l'accès aux académies qui sont réservées aux artistes masculins. Elle progresse vite et ses premières oeuvres se distinguent mal de celles de son père. A ses débuts, elle peint des portraits et de petits tableaux dévotionnels.
En 1611 : Artemisia est violée par le peintre Agostino Tassi (1580-1644), un ami et collaborateur de son père, à qui elle est promise en mariage. Son père intente un procès contre Tassi, Artemisia est torturée pour éprouver la véracité de ses accusations qui aboutit à la condamnation de Tassi. Une nouvelle phase de sa carrière commence lorsqu'elle épouse Pierantonio Stiattesi et qu'elle s'installe à Florence en 1612. Les oeuvres de cette période témoignent de la continuité de l'influence de son père et de son affirmation en tant qu'artiste indépendante.
Artemisia Gentileschi, Vierge de l'Annonciation (vers 1609-1610), huile sur panneau. Collection particulière.
Orazio Gentileschi, Judith et sa servante (vers 1612), huile sur toile. Bilbao, Museo de Bellas Artes de Bilbao.
Artemisia Gentileschi, Judith et sa servante (vers 1615), huile sur toile. Florence, Gallerie degli Uffizi, Galleria Palatina.
En plus de l'influence de son père, Caravage (1571-1610) a eu un rôle déterminant dans la formation d'Artemisia. Orazio était déjà marqué par la peinture de Caravage, on retrouve dans ses oeuvres des effets de clair-obscur et un cadrage rapproché des figures. Artemisia se familiarise avec les oeuvres de Caravage qui étaient visibles dans les églises voisines de ses différentes résidences à Rome. Son inspiration caravagesque se voit dans Danaé et David et Goliath.
Michelangelo Merisi, dit Caravage, Le Couronnement d'épines (vers 1605), huile sur toile. Banca Popolare di Vicenza.
Orazio Gentileschi, Le Couronnement d'épines (vers 1613-1615), huile sur toile. Brunswick, Herzog Anton Ulrich-Museum.
Orazio Gentileschi, David et Goliath (vers 1605-1607), huile sur toile. Dublin, National Gallery of Ireland.
Artemisia Gentileschi, David avec la tête de Goliath (années 1610), huile sur toile. Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen.
Arrivée à Florence fin 1612, Artemisia intègre vite la cour des Médicis, où se côtoient de nombreux artistes. Ces rencontres lui permettent d'améliorer sa technique et sa maîtrise de l'anatomie. La rencontre avec l'aristocrate Francesco Maria Maringhi lui apportera un soutien affectif et financier, et jouera un rôle d'agent. C'est à ce moment-là qu'Artemisia peint l'Allégorie de l'Inclination, destinée au plafond de la Casa Buonarroti, résidence dédiée à la mémoire de Michel-Ange. Artemisia y associe ses traits à un corps à l'origine nu. Ce tableau tranche avec la version plus académique de Francesco Bianchi Buonavita. Pour cette oeuvre, elle touchera un cachet trois fois supérieur à celui de ses homologues masculins. Artemisia affirme son statut de peintre et son nom est reconnu et respecté.
Artemisia Gentileschi, Allégorie de l'Inclination (1615-1616), huile sur toile. Florence, Fondazione Casa Buonarroti.
Francesco Bianchi Buonavita (1593-1658), Allégorie du Génie (1616-1617), huile sur toile. Florence, Fondazione Casa Buonarroti.
Copie d'après Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne (XVIIe siècle), huile sur toile. Bologne, Pinacoteca Nazionale di Bologna.
Artemisia a beaucoup de talent dans l'art de restituer la personnalité de ses modèles, grâce à son observation minutieuse des visages, costumes et broderies. Les portraits d'Artemisia lui permettent d'établir des relations avec des clients fortunés qui par la suite peuvent lui confier d'importantes commandes. Artemisia joue avec son propre visage, se représentant dans divers rôles. Ceci fascine ses clients, qui lui demandent des autoportraits : Autoportrait en joueuse de Luth, Tête d'héroïne.
Artemisia Gentileschi, Autoportrait en joueuse de luth (1614-1615), huile sur toile. Hartford CT., Wadsworth Atheneum Museum of Art.
Artemisia Gentileschi, Tête d'héroïne (années 1620), huile sur toile. Belgique, collection particulière.
Artemisia Gentileschi, Portrait d'un chevalier de l'ordre de Saint-Etienne (vers 1619-1620), huile sur toile. Collection particulière.
Artemisia Gentileschi, Portrait d'un chevalier de l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare (1622), huile sur toile. Bologne, Collezioni Communali d'Arte.
Artemisia Gentileschi, Portrait d'un gentilhomme (Antoine de Ville) (vers 1626-1627), huile sur toile. Collection Todd-Avery Lanehan.
Lors d'un séjour à Rome, Artemisia fréquente des cercles littéraires. Elle y est célébrée pour son talent et son savoir. Elle est bien intégrée dans le milieu des peintres caravagesques, composé en grande partie d'étrangers. Les portraits de Leonaert Bramer représentent les liens d'amitié entre ces artistes, chacun dans une pose spécifique ou avec un accessoire caractéristique. Artemisia y figure déguisée en homme moustachu.
Leonaert Bramer (1596-1674), Portrait d'Artemisia Gentileschi en homme à moustache / Portrait de Claude Lorrain / Portrait de Gerrit van Honthorst / Portrait de David de Haen / Portrait de Nicolas Régnier (1620), pierre noire, plume et encre brune sur papier. Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.
En tant que peintre d'histoire, Artemisia s'illustre dans la représentation de figures surtout féminines, issues de la mythologie et de la religion. Elle les représente de manière sensuelle et héroïque. A cette époque, les nus féminins peints par des femmes étaient rares, Artemisia se démarque de ses contemporains en sublimant ces figures. Elle est aussi reconnue pour ses figures sur fond sombre, à la manière caravagesque, comme ses représentations mélancoliques de Marie-Madeleine. Grâce à son succès, en 1630, Artemisia dirige son atelier à Naples.
Artemisia Gentileschi, Amour endormi (Allégorie de la Mort) (années 1620), huile sur cuivre. Collection particulière.
Artemisia Gentileschi, Vénus endormie (vers 1626), huile sur toile. Richmond, Virginia Museum of Fine Arts.
Artemisia Gentileschi, Madeleine pénitente (vers 1625), huile sur toile. Séville, Catedral de Sevilla.
Artemisia Gentileschi, Madeleine pénitente (vers 1625-1630), huile sur toile. Londres, Milan, Paris, New-York, Robilant + Voena.
Artemisia Gentileschi, Saint Jean-Baptiste dans le désert (années 1630), huile sur toile. Collection particulière.
Artemisia Gentileschi, Clio, muse de l'histoire (1632), huile sur toile. Pise, Fondazione Pisa, Palazzo Blu.
Les femmes héroïques sont omniprésentes dans les peintures d'Artemisia. Elles sont violentes ou victime de violence, comme Judith, Yaël et Cléopâtre. Artemisia souligne les vertus de ses héroïnes en marquant leur sensualité, allant parfois jusqu'à de l'érotisme morbide. Elle est fascinée par l'histoire de Cléopâtre qui meurt en se laissant mordre par un serpent plutôt que de devenir l'esclave d'Octave et lui consacre plusieurs tableaux.
Artemisia n'hésite pas à montrer le moment le plus sanglant de l'action. Et elle met aussi très en valeur la nudité de ses personnages par des gestes expressifs ou des mises en scènes théâtrales. Son analyse du sentiment féminin atteint son apogée dans des scènes où les femmes triomphent des hommes par la ruse et la violence, comme dans Judith et sa servante ou Yaël et Siséra.
Artemisia Gentileschi, Judith et sa servante avec la tête d'Holopherne (vers 1640-1642), huile sur toile. Cannes, musée des explorations du monde.
Une petite exposition qui nous plonge dans l'art baroque italien, que l'on connaît surtout avec Caravage et Guido Reni. L'oeuvre d'Artemisia Gentileschi est une vraie découverte. Le catalogue de l'exposition "Artemisia, héroïne de l'art. Ed. Fonds Mercator, 2025 (208 p.)" est un grand livre (25x31), imprimé sur du papier glacé. Les oeuvres reproduites reflètent très bien les oeuvres exposées et elles sont indexées par ordre alphabétique. Des détails de plusieurs oeuvres sont mis en valeur sur une double page. Chaque oeuvre de l'exposition est accompagnée d'une notice expliquant le contexte de sa création et son identification.
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