Cette année, le musée d'Orsay a consacré la première rétrospective du peintre Christian Krohg (1852-1925) en dehors de la Scandinavie. Christian Krohg est une figure centrale de la scène norvégienne. Dans le sillage du naturalisme, on retrouve dans les oeuvres de Krohg les grands débats de société de l'époque. Ses peintures rendent hommage aux pêcheurs, gens pauvres et prostituées. Krohg étudia en Allemagne et vécut à plusieurs reprises à Paris. Christian Krohg fut un grand admirateur des réalistes, impressionnistes et de Manet. Cette exposition est en partenariat avec le Nasjonalmuseet d'Oslo. Voici le résumé d'après les panneaux explicatifs et les oeuvres majeures :
Pour Krohg, l'art doit toucher le spectateur et susciter son empathie, par le fond comme par la forme. Lors de son séjour à Paris et à Grez-sur-Loing, Krohg emprunte l'inspiration sociale de Gustave Courbet et des techniques d'Edouard Manet (personnage de dos, figures absorbées dans leur tâche, regards directs vers le spectateur). Krohg va surtout retenir des impressionnistes, tel Gustave Caillebotte, leur cadrage audacieux qui donnent l'illusion du fragment de vie pris au hasard. Il ira jusqu'à en faire son slogan : "Tout est une question de cadrage". Assis devant son sujet, il le peint dans une intense proximité. Ses tableaux de marins qui éludent le paysage au profit de plans rapprochés dans l'action, sont très représentatifs de cette proximité.
Il est vrai que je suis restée devant des oeuvres, intriguée par le cadrage qui dès fois se trouvait amusant. Et on ne peut que constater l'inspiration du tableau de Caillebotte ci-dessous dans "Attention devant !" De Krohg.
Christian Krohg, Attention devant ! Le port de Bergen (1884), huile sur toile. Oslo, Nasjonalmuseet.
En 1882, Krohg est de retour en Norvège et devient l'un des chefs de file de la "Bohème de Kristiana" : petit cercle d'artistes intellectuels et étudiants, parmi lesquels Oda Krohg (née Lasson) ou l'écrivain Hans Jaeger. Les grands modèles de la Bohème sont le critique danois Georg Brandes et le dramaturge Henrik Ibsen. Ils ont provoqué de nombreux débats de société de portée parfois européenne.
Christian Krohg, Les Bohémiens (Dans mon atelier) (1885), huile sur toile. Lillehammer, Lillehammer Kunstmuseum.
Krohg s'inscrit dans le mouvement connu sous le nom de "percée moderne" ou naturalisme scandinave. Krohg a pour ambition de produire un art qui puisse jouer un rôle dans le progrès social, et de donner une image réaliste de son temps, à travers ses nombreux portraits des personnalités de la vie culturelle scandinave : l'historien littéraire norvégien Gerhard Gran (1856-1925), l'actrice norvégienne Constance Bruun (1864-1894), le dramaturge suédois August Strindberg (1849-1912)...
Christian Krohg, Portrait de Gerhard Gran (1884), huile sur toile. Oslo, Université d'Oslo, Collection d'art.
Christian Krohg, Portrait du rédacteur en chef Ola Thommessen (1884), huile sur toile. Oslo, Verdens Gang
Pour Krohg, l'art doit jouer un rôle social et s'adresser à un large public tout en abordant des sujets sociaux. Ses peintures sociales sont dominées par un sévère pessimisme typique du naturalisme littéraire. Krohg explore la façon dont la précarité engendre la prostitution, l'alcoolisme, la maladie ou la mort. Sa série de tableaux de couturières en est un exemple. A l'époque, on considérait statistiques à l'appui, que la situation très précaires des couturières constituait une première étape vers la prostitution.
Christian Krohg, Garçon de courses buvant du café (1885), huile sur toile. Göteborg, Göteborgs Kunstmuseum.
En 1886, Krohg publie Albertine, un roman réaliste interdit pour atteinte aux bonnes moeurs. Il raconte l'histoire d'une pauvre jeune fille enivrée et violée par un policier, puis convoquée au bureau de police pour y subir l'examen gynécologique imposé aux prostituées. Ces épreuves la brisent et la plonge dans la prostitution. Krohg dénonce le traitement injuste réservé à ces femmes, privées de liberté et sans loi pour les protéger. Des milliers de citoyens vont défendre la liberté d'expression. Krohg affirme que son récit s'inspire d'une histoire vraie confiée par l'un de ses modèles. Il s'est senti le devoir de la crier au monde.
Chrisitan Krohg, Albertine (1886), Kristiana, Forlagt af Huseby & Co. limit. Ouvrage imprimé. Oslo Nasjonalmuseet.
Christian Krohg, Albertine dans la salle d'attente du médecin de la police (1885-1887), huile sur toile. Oslo, Nasjonalmuseet.
En 1879, Krohg se rend au Danemark. Il découvre Skagen et ses habitants qui vont le captiver. Les Gaihede, une famille de pêcheurs qui vivent à trois générations sous le même toit, deviennent le sujet principal de ses oeuvres. Krohg les peint peu au travail. Il préfère les représenter chez eux à prendre soin les uns des autres.
Christian Krohg, Intérieur d'une cabane de pêcheur à Skagen (1883), huile sur toile. Stockholm, Nationalmuseum.
Christian Krohg, Enfant endormi, Maren Sophie Gaihede, Skagen (avant 1883), huile sur toile. Oslo, Nasjonalmuseet.
A la fin des années 1880, Oda et Christian Krohg fondent leur foyer et leur peinture s'en ressent. Oda représente Christian en père aimant et il peint Oda en mère attentionnée dans des moments très intimes : allaitement, lecture du soir.
Christian Krohg, A l'est du soleil et à l'ouest de la lune (avant 1887), huile sur toile. Collection particulière.
Ce fut une très belle exposition. J'ai beaucoup aimé les tableaux des marins et les tableaux représentant des scènes très intimistes. L'usage des couleurs vives et le thème marin m'a rappelé quelques oeuvres du peintre danois Peder Severin Kroyer découvert en 2021. Le catalogue de l'exposition "Christian Krohg, Le peuple du Nord. Ed. Hazan, 2025 (192p., 28x22cm)" est imprimé sur du papier glacé. Toutes les oeuvres de l'exposition sont reproduites, enrichies de quelques illustrations d'oeuvres non exposées. Elles sont indexées par ordre alphabétique des titres. Il est juste dommage que peu d'oeuvres soient reproduites en pleine page.
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